
Un rite de passage oublié, à réenchanter
Dans nos sociétés modernes, les premières règles arrivent souvent en silence. Une serviette glissée discrètement dans un sac, une phrase rapide échangée entre deux portes, et la vie continue comme si de rien n’était. Pourtant, pendant des siècles, ce moment a été célébré comme l’un des grands passages de l’existence féminine — au même titre que la naissance ou le mariage.
Chez Alys Luna, nous croyons que tout est cycle, tout est vibration, et que la Lune elle-même nous enseigne ce rythme : croissance, plénitude, repos, renaissance. Les premières règles — que l’on appelle aussi la ménarche, ou joliment les « premières lunes » — marquent l’entrée d’une jeune fille dans ce grand rythme circulaire qui l’accompagnera toute sa vie.
Un passage trop souvent vécu dans la solitude
Les premières règles font partie de ces grands passages qui marquent l’entrée dans le monde cyclique, dans le temps du corps, et une nouvelle relation à soi. Pourtant, dans nos sociétés modernes, elles peuvent encore être vécues dans la solitude, la gêne, voire la honte — loin de ce qu’elles ont représenté pendant des siècles ailleurs dans le monde : un rite de passage, un temps de transmission, de douceur et de célébration. –
Un constat que partagent de nombreuses praticiennes et documentaristes aujourd’hui : différentes cultures accompagnent les jeunes filles dans ce moment fondateur de façons très variées, et ce passage conditionne durablement le rapport au corps et à la féminité pour le reste de la vie.
Ce que d’autres cultures nous enseignent
Partout dans le monde, l’arrivée des premières règles a été entourée de gestes, de rituels et de célébrations. De nombreuses sociétés marquent le passage de l’enfance à la vie adulte par des rituels — épreuves pour les jeunes hommes, ou célébrations comme la quinceañera pour les jeunes filles. Dans certains pays, la famille et les proches sont informés et félicitent ouvertement la jeune fille, alors que chez nous, ce moment est souvent passé sous silence
Toutes les traditions ne se valent pas : certaines, plus anciennes, portaient une charge de honte (comme le geste de gifler symboliquement la jeune fille dans certaines cultures « pour faire passer le mal »). C’est précisément cette symbolique négative que le mouvement contemporain de réappropriation cherche à transformer. Il est essentiel de remplacer ces pratiques négatives par des célébrations positives qui valorisent la jeune fille dans cette nouvelle étape de sa vie. Et surtout il est important que la jeune fille sache que son cycle est tout à fait naturel, que c’est un signe que son cycle hormonal fonctionne bien.
.Lorsque j’étais jeune, et que les premières lunes sont apparues pour mes amies d’enfance et moi, nos mères nous ont dit « qu’on ne devait plus jouer avec les garçons », sans nous donner plus d’explications. Nous ne comprenions pas pourquoi, du jour au lendemain, nous devions nous écarter de nos camarades de jeu. Ce sont nos sœurs aînées qui nous ont informées de la transformation qui s’opérait en nous. Nos mères, elles, vivaient dans un univers où les règles étaient honteuses et où l’on devait se cacher. C’était une autre époque. Heureusement, les temps évoluent et les règles reprennent petit à petit une place centrale dans la vie des jeunes filles.
Pourquoi célébrer ce moment change tout ?
Honorer les premières lunes, ce n’est pas simplement « faire une fête ». C’est poser un geste symbolique fort :
- Briser le tabou et la honte. Beaucoup de jeunes filles vivent encore ce moment seules, sans préparation ni soutien. Nommer, accueillir et célébrer permet de sortir ce passage de l’ombre. De sortir du silence, de l’ignorance et de la honte d’avoir ses règles
- Renforcer le lien à soi et à sa lignée. Ce passage redéfinit le lien avec la mère, les femmes de la famille et la transmission entre générations — une transmission de savoirs, de gestes et de sororité qui se perd si personne ne la porte. Ainsi la jeune fille renforce son lien avec sa lignée féminine
- Ancrer un rapport positif au cycle féminin. Un accompagnement rituel des menstruations, à travers le repos, le calendrier lunaire ou des gestes symboliques, répond au besoin de réappropriation d’un corps cyclique et de reliance à quelque chose de plus grand. La jeune fille comprend qu’il est normal de pouvoir se poser, de prendre du temps pour elle, de se reposer si le besoin s’en fait sentir.
- Donner de la fierté plutôt que de la gêne. La jeune fille devient l’héroïne d’un moment qui lui appartient, plutôt qu’un secret à cacher. Elle est mise en valeur, elle est célébrée.
Créer son propre rituel des premières lunes
Il n’existe pas de « bonne façon » de célébrer ce passage — seulement celle qui respecte votre fille et vos racines. Quelques pistes, inspirées des traditions autour des cercles de femmes et des « Tentes Rouges » :
- Demander l’accord de la jeune fille. Il est essentiel qu’elle soit d’accord avec l’idée d’une célébration et qu’elle se sente fière plutôt que exposée. Certaines préfèreront un moment intime à deux, d’autres un cercle plus large.
- Réunir les femmes qui comptent pour elle. Mère, marraine, grand-mère, amies proches : un cercle simple où l’on discute, où l’on partage des astuces contre les douleurs, des tisanes, des anecdotes.
- Offrir un objet symbolique. Une pierre, un bijou, un bola ou un pendentif choisi pour accompagner ce nouveau cycle peut devenir un talisman qu’elle gardera toute sa vie — un repère tangible de ce jour-là.
- Nommer les choses. Un mot, une lecture, un petit rituel autour d’une bougie : donner du sens et de la poésie à ce qui n’est souvent réduit qu’à un problème pratique à gérer.
- Rappeler que son corps lui appartient. C’est à elle, et à elle seule, que reviendra plus tard la décision de devenir mère ou non.
Réenchanter le passage, à la manière d’Alys Luna
Comme pour les sabbats et les équinoxes que nous célébrons tout au long de la roue de l’année, les premières lunes méritent d’être marquées d’une intention. Une pierre choisie avec soin — une pierre de lune pour l’intuition, une agate pour la douceur, une améthyste pour l’apaisement — peut accompagner ce rite de passage et devenir, des années plus tard, le souvenir tangible d’un jour où l’on a choisi de célébrer plutôt que de taire.
Car célébrer les premières règles d’une jeune fille, c’est lui offrir dès le départ une relation apaisée à son corps, à son cycle, et à la lignée de femmes qui l’a précédée.
